Jean-François Carlotti : « Toute expérience de vie est prétexte à faire du réseau »

Le réseau est une étape cruciale pour dénicher l’emploi de ses rêves. Et, entre les anciennes méthodes et l’inévitable développement technologique, les possibilités d’accroître sa visibilité sont nombreuses. Jean-François Carlotti est attentif à ses évolutions. Il se définit lui-même comme un conseiller en orientation professionnelle et en recherche d’emploi « par le plaisir ». Depuis 2016, le jeune ingénieur d’origine corse donne des cours de communication à l’IUT d’Aix-en-Provence, orienté spécifiquement vers la recherche d’emploi. Cette année, il a lancé son site Internet pour l’accompagnement à la recherche d’emploi, l’orientation professionnelle et la prise de parole en public. Celui qui détient deux masters décortique pour JobQuiPeut.fr la mode du réseautage.

Job Qui Peut : A quoi sert un réseau dans la recherche d’un emploi ?

J-F Carlotti : Plusieurs aspects sont à prendre en compte. Pour rechercher une opportunité, on va s’intéresser à des personnes qui ont la même problématique que nous. Par exemple, dans la vie privée, si je veux aller en Italie, je vais demander à mes contacts ceux qui souhaitent partir et on va se motiver, on va rechercher ensemble. L’émulation créée va nous pousser à nous y rendre ! D’un point de vue professionnel, le réseau sert à obtenir des informations. Quelles sont les spécificités de tel métier, de tel secteur, etc. ? Quelles sont les entreprises auxquelles postuler en priorité ? Ces informations permet à la fois d’améliorer sa stratégie de candidature mais également d’avoir un niveau de connaissances bien supérieur à celui de tous les autres candidats. Tout cela permet de sortir du lot. Et puis, nous ne sommes jamais à l’abri de tomber sur une opportunité lors de l’un de nos entretien réseau avec un professionnel.

JQP : Pour vous, qu’est-ce qu’un bon réseau ? 

J-F Carlotti : Un bon réseau est un réseau « bon » pour soi. C’est-à-dire qu’il est composée de personnes évoluant dans un domaine qui me plaît. Si vous êtes passionnés par la logistique, entourez-vous de personnes travaillant dans ce domaine-là (ingénieurs, chefs d’équipes, responsables logistiques, etc.). Pour moi, le réseau, c’est un peu comme une tribu. C’est-à-dire un ensemble de personnes dont on partage les centres d’intérêts, l’histoire, les valeurs, les aspirations, etc. Plus vous serez entouré de personnes qui vous correspondent, plus vous aurez de chances de recevoir des opportunités ou d’avoir la possibilité de recueillir des informations.

JQP : Comment développer au mieux son réseau ?

J-F Carlotti : Il faut prendre le temps de bien définir son projet, puis en parler à tout le monde d’une part. D’autre part, il s’agit d’identifier les personnes susceptibles de nous renseigner et les contacter pour leur demander un rendez-vous. Dès que l’on a une idée ou un projet, il faut dire que l’on cherche des réponses. Par exemple, je connais telle personne, je vais aller discuter avec elle quarante-cinq minutes à son bureau pour obtenir des informations. A l’issu de la conversation, il restera forcément des zones d’ombre. Il suffit de lui demander une relation qui pourra me donner une information précise. Il s’agit alors de s’entourer de personnes dans le domaine qui m’intéresse et apporter de la valeur ajoutée à mon projet. Une fois que le réseau est créé, les informations recherchées vont venir plus facilement d’elles-mêmes.

JQP : Quelles sont les évolutions, notamment technologiques, à prendre en compte pour mieux réseauter ?

J-F Carlotti : C’est une question intéressante, je pense, dans un monde digitalisé. Il ne faut pas lutter contre l’évolution technologique. C’est nécessaire d’être présent dans l’espace numérique mais pas de n’importe quelle manière. Il faut lier sa présence à un contrôle rigoureux. Être présent sur la toile est important mais il faut garder en tête que le réseau, c’est avant tout du contact humain en face-à-face. Mais, le virtuel a l’avantage de permettre de dépasser sa peur. Une personne timide ira plus facilement sur un site Internet pour faire ses recherches plutôt que de déranger quelqu’un au téléphone.

JQP : Quel est le quotidien d’un réseauteur ?

J-F Carlotti : Je ne parlerai pas de réseauteur mais davantage de chercheur d’informations qui crée du lien social. Je prendrai l’exemple d’une étudiante que je connaissais et qui avait peur de déranger les personnes au téléphone ou en face à face. Elle perdait énormément de temps à faire des recherches. Le premier réflexe est de contacter les personnes qui sont déjà dans notre répertoire. Il faut trouver des prétextes pour les contacter, être en veille et attentif aux opportunités. Il peut s’agir d’un e-mail, d’un coup de téléphone ou d’un texto. On s’adapte aux personnes que l’on contacte. Tout dépend de la proximité et de la relation que l’on entretient avec elles.

JQP : Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui sort d’un cursus universitaire et qui souhaite augmenter son employabilité ?

J-F Carlotti : Je dirai qu’il est important de bien identifier ce que l’étudiant recherche, qu’il prenne le temps de réfléchir. Il risque de griller ses chances si le projet n’est pas clair dès le départ. Imaginons que le métier d’ingénieur logistique lui plaise, il contacte des personnes qui exercent dans ce domaine. En définitif, il faut avoir une vision précise de ce que l’on veut faire et le dire à tout le monde. Cela ne tient parfois à pas grand-chose ! C’est pour cela qu’il faut le communiquer au plus grand nombre. Si l’étudiant est dans la situation suivante, à savoir qu’il ne sait pas ce qu’il veut faire, c’est différent. Cela a été mon cas jusqu’à l’été 2015 où j’ai cherché mes envies pendant près de deux ans et demi. Il faut dire que ce n’est pas quelque chose qui va arriver du jour au lendemain. Je conseille de chercher à lister ce que l’on aime faire. Imaginons qu’un jeune ait eu du succès en parlant en public pendant une soirée, il peut rechercher une association autour de lui, dans sa ville, qui lui permette d’exprimer cette passion.

JQP : Avez-vous des pistes pour réseauter dans le cadre d’un stage ou d’un emploi à l’étranger ?

J-F Carlotti : Dès l’envie de partir à l’étranger présente, il faut en parler autour de soi. A la famille, aux amis, à son association, auprès de son club de sport, au moindre verre bu dans un bar qui peut amener à parler d’une connaissance partie à l’international. Et si le contact n’est pas dans notre carnet d’adresses, il faut le rechercher. Par exemple, si l’étudiant est à la faculté, il faut voir si d’anciens élèves ou universitaires sont déjà passés par le pays en question. Autre conseil, il peut s’agir de contacter l’association des anciens élèves qui ont effectué un Volontariat International à l’Etranger (VIE). C’est une communication à 360 degrés où l’on dit ce que l’on recherche et on communique tout le temps. Finalement, toute expérience de vie est prétexte à faire du réseau.

JQP : Plutôt LinkedIn ou Viadeo ?

J-F Carlotti : Il semblerait que LinkedIn ait le vent en poupe et qu’il ait pris une ascendance sur Viadeo ces dernières années. Viadeo reste surtout cantonné au franco-français alors que LinkedIn est plus ouvert vers l’international.

JQP : Plutôt Facebook ou Twitter ?

J-F Carlotti : Cela dépend de la raison pour laquelle j’utilise tel ou tel réseau. J’utilise davantage Twitter pour suivre des personnes dont j’aime les idées et la façon de penser. Si un tweet m’intéresse, je vais creuser l’idée par exemple. Facebook est plus intéressant et facile pour la création de groupes de partage. J’aurai plus de facilités à trouver un groupe d’anciens expatriés dessus. Twitter réside plus dans la réception de l’information quand Facebook est dans la recherche. Les deux s’utilisent lorsque le réseau est bien lancé, en mode croisière.

Livre recommandé par Jean-François Carlotti : L’Eloge de la chance : où l’art de prendre sa vie en main, de Philippe Gabilliet.

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